
L'identité numérique n'est pas un enjeu de technologie, mais d'inclusion.
Agnès Diallo - Présidente-directrice Générale, IN Groupe
Hier, à VivaTech, j'ai eu l'occasion d'intervenir sur l'un des piliers les plus structurants de l'infrastructure publique de demain : l'identité numérique.
Pour IN Groupe, acteur historique du secteur, la question n'est plus de savoir si l'identité numérique est un enjeu central. Il apparaît de plus en plus clairement que sans couche identitaire souveraine et interopérable, le droit de chaque citoyen à exister en tant que tel ne peut se concrétiser. Les paiements ne peuvent être attribués à des individus vérifiés, les échanges de données ne peuvent être autorisés, et les services de l'administration en ligne ne peuvent être accessibles de manière sécurisée. À l'ère numérique, l'identité est la couche fondatrice qui rend tout le reste possible. Déployée à grande échelle, elle devient un levier puissant de croissance économique, d'efficience des services publics et d'inclusion sociale. D'ici 2030, une Infrastructure Publique Numérique mature pourrait générer une valeur économique équivalente à 3 à 13 % du PIB.
Et pourtant, cette fondation reste hors de portée pour une trop grande partie de la population mondiale. Aujourd'hui, 800 millions de personnes ne disposent d'aucun justificatif d'identité officiel. Sans cela, aucune voie fiable n'existe pour voter, ouvrir un compte bancaire, franchir une frontière, accéder aux soins, à l'éducation ou à la protection sociale. Par ailleurs, 2,8 milliards de personnes n'ont, quant à elles, accès à aucun service d'identité numérique sécurisé. Il ne s'agit pas seulement d'une fracture numérique. C'est une question de droits, d'inclusion et de confiance.
Le livre blanc d'IN Groupe, « Digital Identity : Infrastructure that changes everything », analyse pour la première fois jusqu'à 210 pays à travers 17 variables, afin de comprendre ce qui distingue les États ayant réussi à déployer l'identité numérique à l'échelle de ceux qui n'y sont pas parvenus. L'un de ses enseignements les plus nets : le succès ne dépend ni de la sophistication technologique, ni du niveau de PIB à lui seul. Les pays atteignent la maturité lorsque leur IPN repose sur une combinaison de trois dimensions indissociables : technologie, gouvernance et adoption par l'écosystème.
Un pays peut disposer d'un système de pointe et d'un cadre juridique solide, mais il ne génèrera d'impact réel que si ce système est effectivement utilisé dans la vie quotidienne. L'identité numérique ne devient une infrastructure puissante et de confiance que lorsque les banques, les hôpitaux, les établissements scolaires, les opérateurs de télécommunications et les services publics peuvent s'y appuyer concrètement. L'adoption doit donc être intégrée à la conception du système dès l'origine. C'est à ce stade que l'identité numérique commence à créer de la valeur à l'échelle.
Il en va de même pour l'inclusion. Un système d'identité numérique qui exclut une partie de la population ne remplit pas pleinement son rôle d'infrastructure publique. L'inclusion signifie que, dès le départ, chacun peut y accéder, via des parcours d'enrôlement diversifiés, un accompagnement au numérique, des dispositifs hors ligne, des interfaces accessibles, des alternatives biométriques et des garanties explicites.
La confiance est l'autre condition de passage à l'échelle. Les citoyens adoptent les systèmes d'identité lorsqu'ils les comprennent, les trouvent utiles, maîtrisent ce qu'ils partagent et peuvent obtenir une assistance en cas de difficulté.
Notre analyse révèle que 94 % des pays à identité numérique embryonnaire ne disposent d'aucun mécanisme de recours juridique pour leurs citoyens. Ce n'est pas un manque technologique. C'est un déficit de confiance. Il doit être inscrit dans l'architecture même du système, à travers des protections légales, une gouvernance transparente, la maîtrise des données personnelles, une supervision indépendante et des droits citoyens clairement définis.
Les pays ayant atteint la maturité à l'échelle démontrent qu'il n'existe pas de modèle unique, mais ils apportent tous un enseignement commun : l'identité numérique doit être souveraine par conception, inclusive par intention, et interopérable par défaut.
Nous n'avons pas d'autre choix que de mettre ces principes en œuvre dès maintenant. L'infrastructure que nous bâtissons aujourd'hui servira les citoyens pendant des décennies. Elle déterminera qui est inclus, qui peut accéder aux services essentiels, et comment la confiance s'organise entre les individus, les institutions et l'économie numérique. Si nous voulons vraiment changer les choses, le moment d'agir, c'est maintenant.
Alors, qui est avec nous ?